Quand le syndicalisme européen s'organise

Publié le 23/05/2011 à 00H00
Le congrès de la CES a mis un coup de projecteur sur le syndicalisme européen , mais comment s'organise au jour le jour la convergence "des syndicalismes" en Europe et quelle réponse syndicale est donnée à la crise par le monde du travail : tel était le sujet d'un débat co-animé par la CFDT et l'UNSA à Lyon
Quand le syndicalisme européen s'organise
Quand le syndicalisme européen s'organise
Le congrès de la CES a mis un coup de projecteur sur le syndicalisme européen , mais comment s'organise au jour le jour la convergence "des syndicalismes" en Europe et quelle réponse syndicale est donnée à la crise par le monde du travail : tel était le sujet d'un débat co-animé par la CFDT et l'UNSA à Lyon

L’Europe et la crise : quelle réponse syndicale ?

Un débat en vue du congrès de la Confédération Européenne des syndicats qui se tiendra du 16 au 19 mai à Athènes sur le thème « se Mobiliser pour l’Europe Sociale» .

Débat animé par :

  • Marcel Grignard : Secrétaire général confédéral adjoint de la CFDT
  • Michel Guerlavais : Secrétaire national en charge des affaires européennes à l'UNSA
  • Elisabeth Le Gac : Secrétaire général CFDT de la région Rhône-Alpes
  • Gilles Mondon : Secrétaire général UNSA de la région Rhône-Alpes
  • Christian Juyaux : Secrétaire général adjoint CFDT de la région Rhône-Alpes en charge des affaires européennes et internationales

Bien antérieurement à la crise financière de 2008, le syndicalisme européen et international a dénoncé les dérives du capitalisme financier qui creuse les inégalités et développe la précarité. Le thème du débat organisé par la CFDT et l'UNSA à Lyon en ce printemps 2011 ne pouvait donc pas être une surprise pour le monde syndical lyonnais.


Aurions-nous une vision trop hexagonale du syndicalisme ?

Première surprise : alors que l'émiettement du syndicalisme français permet au patronat sur le territoire national de créer des tensions locales entre organisations syndicales, au niveau européen, le syndicalisme français réformiste fait front uni.

A la tribune Marcel GRIGNARD secrétaire général confédéral adjoint de la CFDT rappelle que la délégation de la CFDT à la Confédération Européenne des Syndicats a toujours réservé une place à un délégué de l'UNSA en son sein et que cette place est dévolue à son homologue Secrétaire national en charge des affaires européennes à l'UNSA Michel GUERLAVAIS présent à ses côtés.

l'Europe est un espace statutaire de négociation.

Les interventions de la salle:

Comment lutter contre la xénophobie ?

Marcel Grignard : toute avancée sur les protections sociales à quelque niveau que soit et donc, par exemple, la limitation des emplois précaires dans les entreprises participe à la lutte contre la xénophobie. Par ailleurs il faut être conscients que les emplois de Renault en France sont portés par Dacia en Pologne.

Quelles sont les capacités des organisations syndicales transnationales à défendre les salariés ?

Christian Juyaux et Marcel Grignard . Les EWC improprement appelés comités d'entreprises européens participent à la lutte contre le dumping social , unifient sur l'assiette d'un groupe transnational les droits des salariés, modifient, notamment en France, la conception du dialogue social dans l'entreprise comme on a pu le voir à travers l'expérience de Bosch Vénissieux. Ce sont des évolutions qu'on ne trouve pas aux USA par exemple.

La directive détachement : la difficulté vient de ce qu'il y a une contradiction entre les intérêts du consommateur et ceux des salariés : une copropriété qui choisit le devis moins disant accepte des travailleurs venus des pays de l'Est pour réaliser ses travaux se pose-t-elle la question du dumping social qu'elle génère ?

L'euro a créé l'inflation et est à l'origine d'une perte de pouvoir d'achat

Marcel Grignard : FAUX : ll ne fait aucun doute qu'une valse des étiquettes par des commerçants peu scrupuleux a eu cours lors de la mise ne place de l’Euro.

C'est l'impéritie des gouvernements qui n'ont pas su réguler ces pratiques qui est à mettre en cause pas l'Europe.

Il parait intéressant de se demander quelle serait l’économie française si l’Euro n’existait pas ! Lors de la crise, si la France n'avait pas été dans la zone euro, le taux des emprunts de l'Etat Français aurait été plus important, une dévaluation aurait probablement été nécessaire ce qui aurait amené une perte de pouvoir d'achat des français.

L'Europe a plutôt été protectrice dans la tourmente.

Quels services publics en Europe ?

Marcel Grignard : la CES réclame une directive pour les SIG et SIEG

Turquie :

Pas de position arrêtée de la CFDT et de l'UNSA : les syndicats turcs font partie de la CES.

Christian Juyaux : trois syndicats turcs existent : un socialisant, un islamiste modéré et le syndicat laïc Turquish avec lequel la CFDT travaille ; les syndicats turcs ont obtenu tout récemment l'arrêt de la méthode de vieillissement des jeans par sablage laquelle attentait à la santé des travailleurs.

Libre circulation des travailleurs ?

Marcel Grignard : Dans cette affaire et la france et l'Italie ne respectent pas les dispositions européennes.

Une Europe à deux vitesses ?

Marcel Grignard : plutôt une géometrie en fonction du projet : l'Europe de la défense peut inclure la Grande Bretagne mais on a peu de chance de voir ce pays rejoindre la zone euro.

Plus sur le NET : Europe 2020

La confédération européenne des syndicats, où ils siègent tous deux, réunit ses membres tous les trois mois. Elle s'est construite par rapport à l'émergence du niveau de pouvoir européen.


Statutairement les syndicats ont leur place dans les institutions européennes où ils oeuvrent à la création d'un socle social européen tant à travers les négociations précédant les directives, mais aussi en soutenant le point de vue des salariés quand la cour européenne de justice est saisie d'une demande d'interprétation.


Les résultats sont très concrets : nous devons par exemple à l'Europe l'indemnisation de l'astreinte même en l'absence d'interventions, d'importantes avancées sur la lutte contre les discriminations et tout récemment, la cour européenne de justice statuant sur les congés payés a décidé que lorsqu'un salarié est en arrêt maladie au cours de ses congés annuels, l'employeur doit reporter lesdits congés à une date ultérieure alors qu'en France, par exemple, une telle disposition n'existe que dans certaines conventions collectives mais pas dans le code du travail qui devra être mis en conformité.


Ces acquis, peu relayés auprès des citoyens, participent à l'émergence d'un droit du travail européen, à nous syndicalistes d'en informer les salariés au sein des entreprises.


La convergence des syndicalismes européens

L'histoire a créé au fil du temps des axes de développement syndicaux très différents d'un pays à l'autre au sein de l'Europe.

On ne peut transposer en Europe notre modèle social mais, pour dire vrai, aucun type de syndicalisme en Europe ne peut servir de modèle, pas même le syndicalisme nordique qui connait deux difficultés : il ne prend pas en compte les questions sociétales mais uniquement sociales et il a des relations très étroites avec le politique.

Cette diversité d'approche peut être cependant une source d'enrichissements mutuels.

Le syndicalisme européen qui représente 60 millions d'adhérents, environ 40 pour cent de la population au travail, est une force pour autant que l'action de la CES soit bien relayée dans chaque Etat par les différentes organisations syndicales.

La CES initie donc des mobilisations, les euro-manifestations : celle de Budapest  après celles de Bruxelles et Lubiana pour soutenir ses propositions et pour dire notamment que l'austérité généralisée n'est pas la solution.

Le syndicalisme européen s'invente donc en se positionnant sur les sujets d'actualité.

Le congrès de la CES devient ainsi l'occasion de définir les axes des futures propositions ; L'UNSA et la CFDT y ont travaillé ensemble.

Le syndicalisme européen est un syndicalisme de propositions.

Après la crise bancaire dont il faut quand même rappeler qu'elle est à l'origine de la situation économique et sociale actuelle, les gouvernements ont, dans un premier temps, soutenu l'activité et l'emploi.

Récemment l'Europe s'est crispée sur la question de la dette des Etats tandis que la spéculation bancaire reprenait de plus belle mettant récemment en difficultés la Grèce, L'Irlande le Portugal et entrainant des mesures d’austérité salariale et de coupe dans les budgets sociaux ainsi que des réformes de la législation du travail.

Le « pacte de compétitivité » proposé par Angela MERKEL et Nicolas SARKOSY lors du sommet des chefs d’Etat et de gouvernements de l’Eurozone du 11 mars et du Conseil européen des 24 et 25 mars aggrave la situation sociale.

L'Europe est contestée au Sud parce que son aide est assortie de plans de rigueur drastiques. Elle est contestée au Nord, comme par le mouvement des vrais finlandais, parce que les peuples du Nord ne veulent pas payer pour les dettes des Etats Sud.

Force est cependant de constater que la pression de la spéculation sur les dettes publiques cesseraient si les Etats composant l'Union Européenne parvenaient à trouver un système d'assurance financière mutuel.

L'Europe évolue dans ce domaine sensible et a mis au point, certes sous la contrainte, des outils de gouvernance attendus depuis des années : le fond européen de stabilisation est devenu un mécanisme permanent, il est assorti d'une diminution du taux d'intérêt facturé aux Etats endettés qui y ont recours et à l'allongement des délais de remboursement.

Ce n'est pas totalement satisfaisant car la solidarité européenne, fondement de l'Union, suppose qu'un meilleur équilibre soit trouvé entre l'intérêt général et les intérêts particuliers.

Pour la CFDT comme pour l'UNSA la convergence des économies est par ailleurs une nécessité mais on ne peut demander des efforts aux salariés sans deux contreparties: équité et  consolidation du droit social européen pour éviter le dumping.

La consolidation de la fiscalité des entreprises au niveau européen est également un objectif à poursuivre.

A la recherche d'une Europe politique

Le discours du 9 Mai 1950 de Robert Schuman demeure d'actualité car L'Europe politique n'existe toujours pas.
En Europe ce sont les chefs d'états et de gouvernements  qui sont décisionnaires, ce n'est pas la commission d'où le choix de Monsieur Barroso comme Président et non d'une personnalité charismatique qui aurait pu incarner l'Europe mais bien évidemment au détriment de certains égo nationaux.

Ce qui est  imposé aux pays en difficultés en ce moment ce n'est pas l'Europe qui l'impose mais bien les décisions majoritaires des états membres actuellement sous gouvernements libéraux. Le mouvement syndical doit aider les peuples à être entendus.