Témoignage : Marius Crozet, mon père, une forte personnalité au cœur de projets collectifs

  • Démocratie et vivre ensemble

Marius Crozet, dernier président de la CFTC du Rhône, a marqué son époque par son engagement syndical, politique et social. De la Jeunesse Ouvrière Chrétienne à la Résistance, en passant par la construction du logement social, il a tracé un sillon profond, fidèle à ses valeurs de justice et de fraternité. À travers ce témoignage, son fils Yves Crozet revient sur son parcours.

Une profonde empreinte, un sillon clairement tracé sous nos pas, comme un cap à teni, c’est ce que m’a légué Marius, mon père, dernier président de la CFTC du Rhône. Il m’a transmis un sens aigu de la fidélité, combiné à une passion de la liberté dans le cadre stimulant de projets collectifs.

Marius Crozet est né le 26 octobre 1913 à Bard, petite commune proche de Montbrison. À trois ans, il vient résider à Lyon avec son frère, né en 1898, sa sœur née en 1900 et ses parents Clotilde Bufferne et Étienne Crozet. Ce dernier, qui a connu une faillite quelque temps auparavant, est ouvrier aux usines Berliet. La famille réside dans le quartier de la Guillotière, où Marius fréquente le club de gymnastique de la paroisse Saint-Louis. Jeune, il entre en apprentissage à la Compagnie Électro-Mécanique (CEM).

Quelques années plus tard, il se passionne pour la montagne et sera parmi les pionniers qui aideront les milieux populaires à accéder aux loisirs, au sport et à la nature. C’est l’époque où se développent les mouvements d’action catholique. Il rejoint donc la JOC (Jeunesse Ouvrière Chrétienne). À 15 ans, il travaille et quitte le domicile familial pour loger dans une MAJO (Maison d’Accueil du Jeune Ouvrier), une structure à laquelle il va participer très longtemps, jusqu’à ses 90 ans.

Un militantisme ancré dans la JOC

« De la JOC, l’évolution est logique vers le syndicalisme chrétien, la CFTC. »

Dans les emplois qu’il occupera au cours des années 30, il va se retrouver impliqué dans les actions collectives, notamment les contre-manifestations ouvrières du 9 février 1934 et bien sûr les grèves de 1936, pendant lesquelles il rencontrera son épouse, Marie-Thérèse Labrosse (1919-2023). Après diverses périodes de chômage et de petits boulots, Marius est recruté en 1938 comme mécanicien par les TCL, la société qui gère les transports publics, au dépôt « Alsace » de Villeurbanne.

Engagement dans la Résistance

Marius et ses amis sont informés très tôt par les Jésuites qui travaillent avec la CFTC des dangers de l’idéologie nazie. Ils participent à des réunions où le livre « Mein Kampf » est décortiqué. Très tôt, les uns et les autres se retrouvent dans la Résistance. Marius prendra comme nom de clandestinité « Germain ».

Arrêtés par la milice lors d’une réunion que Marius venait de quitter, Francis Chirat (JOC) et Gilbert Dru (JEC) sont torturés et tués par la Gestapo.

« Parce qu’ils n’ont pas parlé, Marius a sauvé sa peau, et celui qui écrit ces lignes a pu naître quelques années plus tard. »

Après-guerre : Syndicalisme et politique

Avec la fin de la guerre, l’ordre républicain se remet en place. Compte tenu de son engagement dans la Résistance, Marius entre en politique. Il est élu sur une liste MRP (Mouvement Républicain Populaire) comme conseiller municipal de Lyon. Il restera conseiller municipal jusqu’en 1952.

Dans la même période, Marius devient permanent syndical à la CFTC, dont les bureaux sont situés 12 rue Saint Polycarpe, au pied de la Croix-Rousse. Par étapes, il devient le secrétaire général de la CFTC à Lyon, un poste qu’il va occuper jusqu’en 1962, avant la déconfessionnalisation et la création de la CFDT.

« C’est une période d’intense activité, avec la Chronique Sociale de Lyon, Joseph Folliet et les prises de position pour l’indépendance de l’Algérie. »

En 1962, il rejoint le mouvement des HLM, les entreprises Clair Logis et Rhône-Saône, où il travaillera jusqu’à sa retraite en 1973.

Un engagement dans le logement social

Marius et Marie-Thérèse sont aussi actifs au sein d’Art-et-Joie, le mouvement qui va lancer les maisons familiales, domaine dans lequel ils seront impliqués pendant de nombreuses années, avec par exemple le lancement en 1964 de la maison familiale de Vogüé en Ardèche.

 

Colloque 60 ans CFDT 1964-2024 Actes Crozet Yves

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